Ski alpin : Gabriel Côté

16 février 2018

Gabriel Côté est étudiant au baccalauréat en Enseignement secondaire – Univers social de l’Université Laval. Il fait partie du Club de ski alpin Rouge et Or depuis 2016.

Une seconde famille
Le Rouge et Or ski alpin, c’est une seconde famille constituée par des étudiants-athlètes passionnés et des entraineurs chevronnés dans laquelle il se retrouve une atmosphère d’entraide, de fraternité et de camaraderie lors des entrainements, des camps et des compétitions faisant de toute l’équipe un groupe soudé comme on l’en retrouve si peu.  De plus, cette même ambiance d’excellence se retrouve autant lors des entrainements estivaux que lors des séances de fartage et des déplacements sur les routes. Cette excellence, elle s’atteint en équipe et j’ai le privilège de pouvoir y contribuer depuis la fin de l’hiver 2016.

L’hiver 2016, je m’en souviens bien! À vrai dire, il m’est très significatif, car j’ai joint la meilleure équipe de ski en toute fin de saison. De plus, je venais tout juste de me remettre de ma chirurgie cardiaque. Pour résumer ma situation à ce moment-là, il faut dire que je suis passé sur la table d’opération à l’institut universitaire de cardiologie et de pneumologie pour y recevoir l’implantation d’une valve pulmonaire. En janvier 2016, la première tentative visant à réparer ma valve n’a pas fonctionné. Dix jours plus tard, je retournais en chirurgie pour passer au second tour de mon grand chelem. Après un deuxième séjour postopératoire, le repos est grandement nécessaire. J’en profite ici pour souligner et remercier le travail fantastique fait par tout le personnel soignant qui m’a accompagné. J’en profite pour saluer l’équipe de soins postopératoire, les docteurs Jean-Marc Côté et Jean Perron. Assurément, le support de mes amis et de ma famille fut plus qu’essentiel, je les remercie tout autant. Ma session et ma saison de ski ont été mises sur la glace, mais ce n’était que partie remise.

Pendant  ma convalescence, je me suis rappelé mes objectifs de ski jetés sur papier lors de mes études au cégep Limoilou à travers lequel j’ai pu m’émanciper et trouver ma voie sportive et académique. Je voulais faire le Rouge et Or et j’allais y arriver. Environ trois mois s’écoulèrent entre ma chirurgie et le camp de recrutement de fin de saison de l’équipe. Bien que j’avais peu skié physiquement cette saison-là; je vous affirme que j’ai skié mentalement tous les jours. Cela fut utile, car dès mon retour sur les pentes, j’en ai profité pour terminer ma certification de moniteur de ski niveau trois et aussi faire le camp. J’avais déjà très bien récupéré trois mois après l’opération et il ne reste aucune séquelle de la chirurgie outre la cicatrice sur mon sternum qui me plait bien.

Le camp se déroula assez bien, considérant ma convalescence. La saison hivernale s’achevant, j’entamais les entrainements hors neige sous la supervision de Marc-Antoine, le préparateur physique doué de notre équipe. Bien que les séances d’entrainement soient toujours appréciées, qui de nous ne s’est pas exclamé de douleur en descendant les escaliers? Pour l’ensemble de l’équipe, avoir les jambes endolories n’est que chose normale. Rien de mieux que les tests physiques – avec le fameux test de la boite. D’ailleurs, on ne sait toujours pas si ce test mesure notre efficacité à skier ou s’il sert plutôt d’épreuve mentale!

L’été et l’automne pour s’entrainer et étudier
Durant les vacances d’été, l’équipe se sépare assez. Certains travaillent ici et là, d’autres en profitent pour reprendre des forces dans leur région natale. J’en profite pour travailler, m’entrainer et faire du vélo de montagne avec des coéquipiers et des amis afin de répliquer la sensation de vitesse et de descente qui manque déjà à ce moment. Si pour bien des gens l’été est la plus belle saison, et bien, pour moi: la plus belle saison c’est l’hiver.

À l’automne, l’équipe se rejoint les lundis, mercredis et vendredis, tantôt sur l’anneau du complexe sportif et tantôt dans le local de conditionnement physique. En plus, lors des journées de bénévolats pour les parties de football auxquelles nous assistons tous. La saison arrive à grands pas. On en profite pour augmenter la cohésion de l’équipe lors d’une soirée au karting de Thetford Mines durant laquelle tout le monde s’amusa follement. Les tamponnages furent particulièrement drôles.

Soudainement, la première neige tombe. Tous sautent sur l’occasion pour enfin aller skier. Bien qu’il y eût des courses de début de saison en décembre, je me suis mis d’accord avec mon entraineur-chef pour ne prendre que mon premier départ de course en janvier.

Enfin l’hiver 2017
La session d’automne 2016 étant terminée, il ne restait qu’à attendre les résultats des examens et des travaux. Pendant le congé de Noël, j’ai skié au Mont-Sainte-Anne, montagne sur laquelle j’ai grandi. Tout juste après le jour de l’An, je suis parti en camp d’entrainement au Mont-Édouard avec toute l’équipe. C’est avec plaisir que j’ai traversé le parc du Saguenay pour ensuite rejoindre L’Anse-Saint-Jean. Il s’y cache un microclimat aux averses de neige impressionnantes et des gens fort chaleureux et accueillants.

Le camp fut très plaisant et productif. Nous nous sommes amusés en slalom et en géant et nous en avons profité pour faire les ajustements techniques nécessaires. Parallèlement, nous en avons profité pour faire le tour de tous les recoins de la montagne lors d’une journée de poudreuse. Durant toute la semaine, je sais que je n’aurais pas voulu être ailleurs et que sérieusement, vivre le rêve c’est d’être là-haut dans la première remontée du matin à admirer le fjord et les sommets enneigés des montagnes avoisinantes entourés d’équipiers inspirants.

Par ailleurs, les soirées furent bien amusantes elles aussi. Outre les moments passés à préparer les skis pour le lendemain ou à déguster un mélange protéiné élaboré par Ève! Les tâches de la cuisine se faisaient en équipe; effectivement chaque huitaine d’équipiers devait faire à manger pour l’ensemble de l’équipe. Les soirées se terminaient normalement par une séance d’analyse vidéo où les conseils des entraineurs et les encouragements de l’équipe sont fortement motivants.

Après le camp, c’est mon premier départ en course de la saison. On a skié la Beauregard au Mont-Sainte-Anne. C’était vraiment intense comme retour à la compétition, mais j’ai fait de mon mieux pour terminer mes manches malgré l’adversité. On s’entraine en slalom pour la course universitaire au centre de ski le Relais. Les excellentes conditions de course et les fruits des entrainements préalables sont avec nous. Je suis assez satisfait de mes performances et celles de l’ensemble de l’équipe sont excellentes aussi.

Qu’est-ce qu’on gagne au Rouge et Or?
Ne faut-il pas rappeler que c’est agréable de gagner. Pour ma part, le plaisir de skier et de gagner est indissociable. Gagner, c’est-à-dire avoir une victoire, ne prend pas nécessairement la forme matérielle d’une médaille; elle se manifeste aussi par les atteintes d’objectifs personnels et par le plaisir de parcourir le chemin sinueux de la quête d’excellence dans le sport et dans la vie en général. Après tout, en faisant référence à François Ducasse : « si on ne peut pas tous être champion dans les jambes : on peut tous être champion dans la tête » – je me permets d’ajouter bien humblement, et dans le cœur.


Natation : Dania Belisle

31 janvier 2018

Dania Belisle est étudiante au baccalauréat en intervention sportive de l’Université Laval. Elle fait partie du Club de natation Rouge et Or depuis 2016.

De l’ombre à la lumière
Écrire ce texte me rend très émotive et très fière, car je dévoile une facette de moi que je cache derrière ce sourire aujourd’hui épanoui. C’est avec beaucoup d’audace et de courage que je vous offre mon histoire, qui j’espère inspirera les gens à poursuivre leurs rêves et ne jamais abandonner. J’espère également que cela pourra permettre aux gens d’avoir une ouverture d’esprit et de comprendre. Je parle d’audace, car il s’agit d’un sujet bien tabou. Alors voici mon histoire…

Je m’appelle Dania Belisle, j’ai 25 ans, je suis native de Saint-Félicien, je fais de la natation de compétition depuis plus de 15 ans, j’ai un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) et un trouble affectif bipolaire de type II (TAB).

« Wow! Mais c’est quoi ça bipolaire? T’es folle dans le fond? T’es genre la fille qui est heureuse et deux secondes après t’es fru? » Non, ce n’est pas ça un trouble bipolaire. Beaucoup de gens ont d’énormes préjugés envers les maladies mentales. On étiquette les gens parce qu’ils sont différents oui, mais on est tous différents d’une manière ou d’une autre, alors ça change quoi? En fait, un trouble affectif bipolaire ou trouble maniaco-dépressif est une maladie mentale qui entre dans la catégorie des troubles de l’humeur parce qu’elle se définit par une fluctuation anormale de l’humeur. C’est une variation extrême de phases d’humeurs euphoriques ou dépressives de longues durées. Même pour moi qui ai ce diagnostic j’ai de la difficulté à l’expliquer.

Les premiers symptômes
Au secondaire, ma seule motivation quotidienne était mes trois pratiques de natation par semaine et mes quelques compétitions régionales et provinciales durant l’année. J’ai toujours été de niveau correct en piscine. Mon parcours n’a pas été de tout repos. J’ai dû m’adapter et développer de nombreuses méthodes de travail pour être capable de suivre la cadence. Dans ma dernière année du programme d’éducation internationale (PEI), on m’a diagnostiqué un TDAH, cela a expliqué mes nombreuses difficultés scolaires. En septembre 2010, j’ai débuté mes études au Cégep de Jonquière en sciences humaines sports études. Quoi de mieux que de combiner les sports et les études! Cela me demandait toutefois de quitter le nid familial. C’est durant cette première année que j’ai commencé la médication pour le TDAH. En piscine, je me suis également grandement améliorée dû à ma charge d’entrainement qui a doublé! J’aimais aller à l’école (pour la première fois de ma vie) et j’adorais nager. Hélas, au courant de cette année, j’ai commencé à être malade. Je faisais des crises semblables à de l’épilepsie. Les crises devenant de plus en plus grosses et rapprochées, ma mère a tout de suite réagi et fait des démarches pour rencontrer un spécialiste en mai 2011. C’est à ce moment que j’ai appris que j’avais des antécédents de pathologies psychiatriques.  

Première chute
C’est seulement en décembre 2011 que j’ai rencontré un psychiatre pour la première fois, six mois après les premières démarches pour obtenir de l’aide. Durant cette session, j’ai changé à de nombreuses reprises, de médicaments pour mon déficit d’attention. Il faut dire que mon corps à la fâcheuse manie de s’habituer trop rapidement aux dosages et est très capricieux avec les effets secondaires. J’ai plongé dans le noir : ma première dépression majeure. Le diagnostic reçu m’a soulagée, j’étais enfin prise en charge, j’allais être accompagnée par des professionnels pour m’aider à sortir de ce cauchemar. Je ne savais pas ce qui m’attendait… J’ai commencé la médication pour la dépression à la fin de la session pour éviter que les effets secondaires n’affectent mes examens finaux. On m’avait conseillé de cesser l’école en hiver pour prendre soin de moi, j’étais convaincue qu’il était impossible pour moi de recommencer l’école si je faisais une pause à mon parcours. Il me restait encore trois sessions de cégep, j’ai donc jonglé avec les cours qui me restaient pour me faire un horaire plus allégé. Il faut dire qu’il n’est pas très fréquent que l’on donne un  diagnostic de bipolarité à un jeune de 19 ans. J’avais comme consigne d’avoir un horaire « normal/régulier » c’est-à-dire, me lever/coucher presque aux mêmes heures, et surtout éviter les excès. Du moins, c’est ce que j’ai compris… et je ne voulais pas écouter mon corps qui avait besoin d’un repos extrême. J’acceptais le diagnostic… mais je me mentais. Je cachais à mon entourage ma tristesse et mon sentiment de secours vis-à-vis la vie. Je ne voulais pas que l’on me prenne en pitié. J’ai continué à jouer la comédie et à faire semblant d’être heureuse et en santé.

Long parcours difficile de haut et de bas en 2012 et 2013…
Malgré les changements fréquents de médications avec les effets secondaires, il y a eu beaucoup d’amélioration de mon état général. Je nageais toujours et je performais de manière « ordinaire ». Je persévérais dans l’espoir de retrouver des performances déjà atteintes. J’avais plutôt perdu le gout de nager, mais je continuais à y aller parce que les gens de cet environnement étaient ma seconde famille. Cela m’évitait de me retrouver seule avec mes pensées.

J’ai passé l’été 2013 chez mes parents au lac et durant leurs vacances, j’ai eu une phase hypomaniaque. Le souvenir est flou, mais pendant cinq à six  jours, je n’ai presque pas dormi. Mon cerveau était en mode « turbo envoye roule moué ça la machine! » Les pensées deviennent incontrôlables, tellement rapides. Le cerveau se remplit de projets et le corps se gonfle soudainement d’énergie tombée du ciel. J’ai viré la maison à l’envers dans le ménage. J’ai rempli le congélateur en faisant de la nourriture pour 14 armées. J’allais courir des 10 km en fou, je travaillais 35-40 heures dans un restaurant, je sortais au bar jusqu’aux lueurs du matin. Oui oui, j’ai fait l’équivalent d’au moins deux mois de tâches et d’activités. À leur arrivée mes parents ont remarqué que ça n’allait pas du tout, je parlais en mode accéléré, ils m’ont dit « WOW! DANIA STOP, tu touches pu à rien. » Évidemment, cela a occasionné une visite rapido chez le médecin pour un réajustement de médicaments. Pour reprendre un mode « normal ».

Automne 2013 : la dégringolade
J’ai commencé une technique en aménagement et urbaniste. J’ai trouvé mes cours très intéressants, mais ce fut le moment où finalement ma santé n’a pas tenu. Je n’ai fait qu’une session. Je dirais plutôt que j’avais atteint un point de non-retour. Mon corps a flanché. Ma santé a chuté très rapidement. Je dormais près de 20 heures par jour. Je me levais pour aller à mes cours et je revenais chez moi dormir. Je ne nageais pratiquement plus, j’allais aux pratiques parce que j’avais peur de rester seule avec mes pensées sombres, négatives et incontrôlables. Nager, manger, aller à l’école et vivre me donnaient mal au cœur. J’étais mal dans ma peau. Je n’étais plus capable de rien faire. J’avais perdu énormément de poids. J’étais socialement désagréable. Je n’arrivais plus à voir du positif dans rien.  

Quand je raconte cette histoire, j’ai l’impression que c’est dans une autre vie, autant que j’ai de nombreux souvenirs, autant ceux-ci sont flous et irréalistes. Avec du recul, même si je ne souhaite à personne ce que j’ai vécu, j’en retire des bons côtés. À travers tout ce cheminement, j’ai appris à me connaitre, à devenir plus mature et encore plus positive qu’avant. Ma famille est devenue plus soudée. J’ai appris à choisir mes combats.

Autant en arrivant à Jonquière mes performances personnelles en piscine se sont améliorées, autant elles sont devenues un désastre, de la vraie torture. Nager ne m’apportait plus aucun plaisir. Je me sentais démunie, triste et sans contrôle sur mon état. Je n’avais plus aucune sensation dans l’eau. À ma première dépression, je réussissais à me débrouiller en compétition. Maintenant, chaque pratique me demandait plus d’énergie pour me déplacer et j’étais de plus en plus fatiguée. Lorsque mon état s’est stabilisé, je croyais que ce serait le meilleur état que je serais capable de retrouver. Que le soleil et la boule d’énergie que j’étais avant était chose du passé, que je devais me faire à l’idée que je ne pourrai jamais être comme avant. Je m’imaginais et croyais que j’étais mieux, que j’étais enfin guérie. Je me mettais le doigt dans l’œil. Les performances correctes n’étaient que le bout de la falaise. Ce fut une belle catastrophe et une chute libre de mes performances lorsque j’ai frappé la deuxième dépression majeure en deux ans. C’était une vraie honte de me présenter en compétition, je reculais dans l’eau. J’étais de moins en moins capable de faire semblant que cela ne me dérangeait pas. À ma dernière compétition avec mon équipe collégiale, j’étais impuissante, vidée de toute source de joie, de bonne humeur ou de volonté. Plus aucune force n’habitait mon corps.

Les yeux fermés, je me dirige
Dans le noir, dans l’inconnu
Une rose fanée a plus de vie
Que mon entrain sur ce long chemin.

DB. 5 novembre 2012

Dans ma phase dépressive, j’ai commencé à écrire des poèmes. C’est le moyen le plus efficace que j’ai découvert pour m’exprimer sans me blesser. J’ai écrit plusieurs poèmes pour me permettre d’extérioriser ce que je vivais et aider mes proches à le comprendre. Mettre par écrit ce qui se passait dans ma tête me permettait d’oublier toute la souffrance que je vivais. J’ai créé de belles œuvres malgré la lourdeur du sujet. La fin d’un poème m’apportait une brève paix intérieure.

Brève, parce que je n’étais plus capable de produire l’adrénaline que le sport crée naturellement. Une drogue à laquelle chaque bon sportif est accro. Le positivisme m’avait fui. Autant que j’eusse été bonne pour cacher mon état durant deux longues années que là je n’étais juste « pu capable de rien faire ». Au départ, je ne voulais pas que les gens sachent, je ne voulais pas être prise en pitié, je ne voulais pas qu’on me regarde différemment, qu’on me juge, qu’on me dise des méchancetés. Je ne voulais surtout pas devenir un fardeau pour mes amis et mes proches. Je préférais aider mon prochain plutôt que de m’occuper de mon propre bien-être. Je voulais demeurer dans l’ombre, jusqu’au point de disparaître. J’étais devenue très maigre. Je n’avais plus de force et j’espérais ne plus me réveiller le matin.

Mon plus grand rêve c’est d’être réellement heureuse, mais j’ai du mal à respirer, je suis prisonnière. J’aimerais pouvoir m’envoler comme les oiseaux dans le ciel vers l’horizon et planer dans les nuages puisqu’autrefois on m’a dérobé ce que j’avais de plus précieux, le bonheur. Je suis impuissante, incapable de pleurer. Je ferme les yeux dans l’espoir de disparaitre, sombré dans l’oubli et la poussière afin de devenir que souvenir pour le futur. Le moment où tout se terminera sera un jour glorieux, une éternelle souffrance enfin achevée et où j’y remettrai mon dernier souffle de vie.

DB. 5 octobre 2013

J’ai terminé ma session en bafouant mes travaux, me fichant des résultats, tout ce que je voulais c’était quitter ce corps malade. J’étais en détresse psychologique. Je téléphonais à ma mère en pleurant chaque jour, lui partageant ce mal de vivre qui ne voulait pas me quitter. Je me sentais tellement coupable de lui faire vivre toute cette douleur. Alors que je lui disais : « maman je suis pu capable, je suis tannée, c’est trop difficile… » 1h30 de route c’est loin. Elle était impuissante et inquiète chaque minute de la journée. Un stress inimaginable pour une maman de voir son enfant souffrir et être incapable de partager sa souffrance. C’est à la fin de ma session que mes parents et les spécialistes m’ont ramenée à la maison. Je n’étais plus du tout capable de prendre soin de moi.

Une année d’hibernation
2014 : une année vague en souvenirs. J’ai pris 35 livres. Un avantage chez mes parents, il y a toujours de la bonne nourriture. En revenant à la maison, je m’approchais également des spécialistes qui s’assuraient de mon suivi, de mes sœurs et de mon frère. J’avais du mal à m’ouvrir aux spécialistes. Je ne supportais plus cette souffrance. Je voulais de l’aide, mais je ne voulais pas m’aider, je n’acceptais pas mon état et je n’étais pas prête à avancer avec la maladie. Je disais : « ça va normal », « Oui oui, je sais, je suis bipolaire! » Ne sachant pas trop ce que cela voulait dire, même deux ans et demi plus tard. « Je vais normal ». Une année longue et sans fin. Prisonnière de mon propre corps. Ma mère venait diner le midi pour venir me réveiller et dès qu’elle repartait j’allais me recoucher dans mon lit. Mes journées se résumaient à dormir, manger, dormir, manger et dormir. Les membres de ma famille m’encourageaient, me forçaient à bouger, mais mon corps s’était transformé en fonte. J’avais de la difficulté à me tenir debout. Ma sœur qui était enceinte de sept mois était capable de se bouger plus vite que moi. Je restais en pyjama 24/7. J’ai commencé à perdre mes cheveux, j’avais des drôles de taches sur la peau, je ne bronzais plus, j’avais des problèmes de vision.

L’hiver a fini par passer, j’étais toujours aussi fatiguée. Je ne ressentais plus rien, j’ai commencé à me mutiler. C’était une douleur libératrice que j’étais capable de comprendre. Je ne voulais pas m’enlever la vie, je voulais tout simplement ressentir à nouveau des sensations. J’ai voulu reprendre un travail, j’ai fait trois jours… Durant mon année végétative, je dormais dans mon ancienne chambre très boff. J’avais comme projet de refaire la déco, mais ça me demandait beaucoup trop d’énergie. Je voulais ajouter de la couleur dans ma chambre pour égayer mes jours de sieste. Je me suis dit que je pourrais plutôt faire de la peinture sur toile. Je me suis équipée de A à Z en peinture. Toute une bulle au cerveau vous me direz! Je me suis surprise moi-même. Mon cerveau s’est animé un peu. J’ai créé. Cela m’a permis d’occuper mon esprit et me sortir de mon lit. La peinture a été comme l’écriture, un moyen de me vider l’esprit et d’obtenir une paix intérieure. Mon état s’est amélioré durant l’été, mais pas suffisamment pour reprendre l’école en septembre 2014.

La thérapie
J’étais écœurée de ne rien foutre. J’ai décidé de suivre une thérapie de jour de huit semaines à l’hôpital de Roberval. C’était ma dernière option. J’ai commencé en novembre, mais avant j’ai dû être interné à l’aile psychiatrique parce qu’une nouvelle médication m’avait empêchée de dormir pendant 3 jours. Un cauchemar d’être enfermé là contre sa volonté. J’ai fait une crise d’angoisse. Les calmants reçus m’ont permis de dormir quelques heures, je comptais les minutes pour quitter les lieux. C’est une semaine après cet événement que j’ai commencé la thérapie pour « les fous ».

L’adaptation de passer mes journées à dormir à devoir interagir avec des inconnus et des spécialistes qui veulent juste qu’on parle de nous a été difficile. « Sur une échelle de 1 à 10, comment ça va Dania aujourd’hui? », « 5, normal » disais-je, d’un ton de voix arrogant. La thérapie de jour est faite pour aider les gens avec des troubles mentaux à s’outiller, comprendre leurs problèmes et les aider à reprendre un cours de vie normal. Un processus qui se fait graduellement pour reprendre un rythme de vie sain. J’étais fermée lors des « classes », mais tranquillement mon rayon de soleil ressortait durant les pauses. La thérapie se faisait en petit groupe. J’ai fait la connaissance de dames extraordinaires, qui ont fait ressortir mon côté humoriste. J’aimais beaucoup les faire rire pour voir un magnifique sourire sur leurs visages et les faire décrocher de l’endroit où l’on se trouvait.

Pour me rendre à la thérapie, je devais faire 25 minutes de voiture à l’aller et 25 minutes au retour. Je m’endormais au volant, chose extrêmement dangereuse. Je me foutais de tout et n’avais guère conscience que je mettais non seulement ma vie en danger à chaque fois que je prenais le volant, mais aussi celle des autres. J’ai eu tout un sermon de ma mère lorsque j’ai dit en riant qu’en me rendant à la thérapie, j’avais piqué des clous au volant, que je m’étais retrouvée dans la voie inverse, que je m’étais réveillé face à un camion lourd et que j’avais changé de voie juste à temps! Je n’oublierai jamais le regard de ma mère à ce moment. Son visage exprimait une profonde stupeur. J’ai réalisé à ce moment que je ne pouvais surtout, mais surtout pas faire subir une telle perte à ma famille et mes proches. Je n’avais pas le droit d’être aussi égoïste. La colère que ma mère a exprimée à ce moment a été une prise de conscience pour moi. Je me foutais de la thérapie, mais si prendre soin de moi pouvait soulager ou apaiser la souffrance de mes proches alors je devais me résigner à persévérer. Avec du recul, la thérapie m’a apporté des bienfaits et permis de reprendre un cycle de vie normal, de retrouver les émotions que je cachais et refoulais. J’ai pu m’exprimer sur mon état avec des gens qui étaient capables de comprendre chaque mot.

La médication
Sur une période de trois ans, j’ai dû changer de médication et/ou de dosage en moyenne une fois par mois. J’étais au bout du rouleau et épuisée des essais et des tentatives. Certains médicaments demandent des suivis comme des prises de sang toutes les semaines pour ajuster le dosage. Les effets secondaires sont les amis de Dania : maux de cœur, tremblements, bouche sèche, étourdissements, maux de tête, fatigue, etc. C’est au cours de ma thérapie de jour que j’ai demandé de cesser la médication pour permettre à mon corps un peu de répit. Généralement, un trouble bipolaire demande une médication à vie. Depuis le début, j’ai été prise en charge par d’excellents spécialistes alors je ne me voyais pas l’intérêt de contredire leur plan de match pour m’aider à guérir. En décembre 2014, j’ai commencé le sevrage qui était supervisé. Merci! Ce fut une libération. Nous avons rapidement vu des améliorations dans mon état.

Je suis heureuse de vous dire que je n’ai pas repris de médication depuis ce moment. Les nombreuses années à confronter la maladie m’ont permis de me connaître. C’est grâce à un travail quotidien sur ma personne que je suis capable aujourd’hui d’avoir un équilibre de vie sain. J’ai compris que tout n’était pas blanc ou noir, plutôt un mélange harmonieusement coloré. Je ne cacherai pas que cela est difficile, je dois être alerte aux signaux d’alarme pour éviter de replonger. J’ai arrêté de voir cette étiquette comme négative, mais plutôt de marcher main dans la main avec la maladie.

2015, la renaissance
J’ai repris l’école, la natation et le travail en janvier. J’ai fait une session au cégep à Saint-Félicien. J’ai repris les compétitions de natation. C’est là que j’ai vu que j’étais de nouveau dans mon corps. Durant des années, j’ai eu l’impression d’être prise au piège dans ma tête et dans ce corps malade incapable de ne rien faire. Les sensations agréables que la natation me procurait sont revenues. Ce fut une renaissance et surtout un cadeau. Après trois semaines d’entrainement, à ma première compétition, j’en ai pleuré de joie, je me sentais incroyablement bien. Wow! De nombreux bénévoles et parents sont venus me féliciter. Le retour difficile de la combinaison école-sport-travail à petites doses m’avait permis de reprendre goût à la vie, d’avoir des projets, des rêves pour mon avenir. Je devais choisir mes plans pour mes études à suivre et y inclure la natation. Je me suis lancée et fait mes demandes à l’Université Laval. À l’été, j’ai voulu prendre mon envol avant le grand saut pour l’université. J’ai participé au programme explore à l’Île-du-Prince-Édouard. Une expérience qui m’a permis de reprendre mon autonomie. J’avais repris la course à pied pour perdre quelques livres et me remettre en forme. J’ai fait une petite compétition en eau libre. Mon cœur s’est rempli d’amour pour le sport que je pratique. Un kilomètre en eau froide qui m’a fait dire : « OK je vais travailler fort toute l’année parce que l’été prochain, je refais le 10 km. »

Sandra et Dania, compétition 1 km Uniprix, 18 juillet 2015

L’université 2015-2016
C’est finalement le grand jour! Dania entre à l’université en intervention sportive! J’ai démontré que j’étais capable d’avancer, j’ai travaillé plus fort pour réussir comme les autres. J’ai fait le camp de sélection pour rentrer sur l’équipe de natation universitaire. Il était irréaliste de croire que je ferais partie de l’alignement. J’ai été la seule à être retranché. Difficile d’être mise de côté… J’ai travaillé fort tous les jours pour faire partie du Rouge et Or la prochaine année. Durant un an, j’ai nagé avec le club civil, mise un peu de côté et dans l’ombre. À ma première compétition, j’ai réalisé ma meilleure performance personnelle au 50 mètres dos! Incroyable! J’ai été incapable de retenir ma joie, je tremblais, je pleurais. Je pensais qu’il était impossible pour une athlète de 23 ans d’améliorer ses performances. Une belle année de natation. Au niveau scolaire, c’était très difficile comme n’importe quel étudiant qui entre à l’université. Avec mes parents, nous avions pris la décision de m’installer aux résidences. Les premières semaines ont été très ardues. Je me retrouvais seule dans ma tête, je vivais dans un espace de deux mètres carré. Une année très remplie et difficile, mais qui a passé rapidement.

Mon objectif : refaire le 10 km de la relève. Je suis retournée au lac pour l’été où j’y ai travaillé et nagé quotidiennement pour réussir une épreuve que j’avais dû abandonner cinq ans auparavant. J’ai aussi participé à mon premier 15 km, deux semaines avant mon épreuve de 10 km. En 2011, j’avais été retirée du 10 km après 2h15m d’efforts et cinq ans plus tard j’étais déterminée à me rendre à Roberval. Mission accomplie! 

« L’an prochain, je me lance pour le 32 km! » Un rêve de petite fille oubliée avec toutes les turbulences que j’ai traversées avec la maladie. C’est aussi à ce moment que j’ai contacté Sandra pour lui demander si elle voulait embarquer dans cette aventure avec moi! Sandra, ma seconde maman, ma petite cousine ou mon ancien entraineur, est une femme exceptionnelle qui a été mise sur mon chemin, une lanterne dans les bons et les mauvais moments de ma vie. Je voulais réaliser ce rêve avec elle!

L’université 2016-2017
C’est là que tous mes efforts ont porté fruit! Septembre : je suis sélectionnée pour faire partie de l’équipe universitaire du Rouge et Or. Je fais partie maintenant de la belle et grande famille du Rouge et Or. Durant toute cette saison, je me suis réveillée chaque matin en me rappelant mon nouvel objectif : traverser le lac St-Jean à la nage.

Consentir avec le repos, nous permet d’apprécier la concrétisation d’embuches bien cordées menant à l’aboutissement de la victoire d’une vie.

DB. 2 août 2016

La seconde année s’écoule avec différentes embuches à surmonter. Je suis demeurée aux résidences, une option facile, j’étais bien installée. Je m’étais établie des repères sécurisants parce que j’ai du mal à m’adapter au gros changement, m’évitant les excès d’angoisse. Durant ma saison universitaire, j’ai amélioré tous mes temps sur mes distances de prédilections, une amélioration fulgurante et exponentielle! Des performances vieilles de cinq ans et plus… Mon rêve grandissait… Pour participer à la traversée internationale du lac St-Jean, il faut s’inscrire. Vingt-cinq nageurs en provenance du monde entier sont sélectionnés. C’est un matin de fin avril que j’ai eu la confirmation de ma participation, je représenterai mon pays. Je tremblais, j’étais excitée, un sourire fendu jusqu’aux cieux, les yeux dans l’eau. J’ai tout de suite appelé tous mes proches pour leur annoncer la nouvelle.

Mon rêve désormais à portée de mains, seulement trois mois d’entrainement intensif avant de pouvoir le réaliser. Fébrile de jour en jour à l’approche de cet événement. Ce type d’entrainement ne va pas avec un emploi d’étudiant régulier. Un travail occasionnel de sauveteur m’a permis de subvenir à mes petits besoins durant l’été. J’ai fait appel à des commanditaires pour m’appuyer dans mon rêve. Grâce à leurs appuis, j’ai pu me concentrer à 110 % dans la préparation de la traversée.

La semaine de la traversée est enfin arrivée. Je n’arrivais toujours pas à réaliser que j’allais faire ça! Oui oui, j’allais nager 32 km sans arrêt. Oui, là c’est vrai qu’on peut dire que je suis folle! Ça prend un brin de folie pour vouloir participer à une épreuve aussi convoitée par les nageurs internationaux par ses conditions uniques. Nager sans arrêt dans l’eau froide et les vagues! Pourquoi? Pour simplement arriver de l’autre côté du lac et toucher cette plaque de plastique à l’arrivée. Juste ça, vous me direz? Arriver dans la rade de Roberval devant des milliers de spectateurs, devant tous tes proches qui sont venus de loin pour voir ce moment. Ce moment ou après de nombreuses heures de travail t’arrives à la fin, ça n’a juste pas de prix. Un exploit surhumain! Tu commences à réaliser que le jour s’en vient lorsque tu fais de nombreuses entrevues avec toutes sortes de médias, lorsque les gens t’arrêtent dans la rue pour te dire : Dania! Tu fais la grande traversée! Wow t’es malade!

J’avais tellement hâte à ce jour : 29 juillet 2017. Tous les nageurs sont fébriles pour le départ à 8h30. Une nouveauté cette année, le port du wetsuit selon la température. Ce fut la partie la plus stressante de ma préparation parce que je ne souhaitais pas le porter. Cette journée-là, le wetsuit était optionnel. Je suis la seule qui a pris le départ de la compétition en maillot de bain traditionnel. Je voulais rester fidèle au monde de l’eau libre. Gonflée à bloc et me tenant à mon objectif, arriver à Roberval le sourire fendu jusqu’aux oreilles. J’ai nagé, nagé et nagé. L’eau était froide, mais confortable.

Seule contre la nature, au milieu de nulle part, suivi par une petite chaloupe occupée par le guide et Sandra mon entraineur. Seule dans mes pensées à m’encourager à continuer. Chaque coup de bras m’approchait de l’arrivée. Je fais mon entrée dans la rade, incroyable! J’arrivais à Roberval, 32 km plus tard pour le plaisir des spectateurs. Pour moi, l’entrée dans la rade était magique, tu entends la foule t’acclamer. Une fin inoubliable! J’y suis arrivée, je touchais enfin cette plaque! Un moment émouvant pour tout le monde présent à l’événement. J’ai réalisé un exploit et un rêve alors qu’à peine quelques années auparavant je croyais ne plus jamais nager de ma vie. C’était une belle manière de terminer le chapitre de ma bataille pour retrouver la santé.

Aujourd’hui
Troisième année universitaire, deuxième comme athlète du Rouge et Or et en appartement. Oui, même si c’est le bonheur et la santé, il est important d’avoir un suivi étroit avec les spécialistes. C’est en extériorisant les choses que je suis capable de mieux comprendre la maladie et d’en être rendue où je suis aujourd’hui. Je ne suis malheureusement pas à l’abri des rechutes, mais je veux les éviter à tout prix! J’ai appris à bien reconnaitre les signaux d’alarme, je peux mieux gérer ma vie de tous les jours. À ce jour, je ne prends aucune médication ni pour le TDAH, ni pour le TAB.

De nombreuses personnes tout simplement merveilleuses ont été mises sur mon parcours tout au long de mon cheminement, et nombreuses ignorent qu’elles m’ont grandement apporté, que ce soit par leur bonne humeur, leur générosité, leur bonté et bien plus encore. Derrière chacun de mes sourires, il y a une pensée de remerciement envers tous ceux qui ont cru en moi et qui ont eu un impact sur mon rétablissement. Merci à vous, chers lecteurs, qui ont lu mon histoire jusqu’à la fin. J’espère que celle-ci pourra aider mon prochain et surtout démystifier les préjugés que l’on peut avoir envers les gens atteints d’une maladie mentale.

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Prenez connaissance d’ISMÉA, l’Initiative en santé mentale pour les étudiants-athlètes, sur Facebook et sur leur site Web.


Badminton : Philippe Giguère

6 octobre 2017

Philippe Giguère est étudiant au Doctorat en Pharmacie à l’Université Laval. Il fait partie du club de badminton Rouge et Or depuis 2015.

Du 1305-B à Taipei…
Le 19 mars dernier, tout juste après ma finale au Championnat canadien universitaire, le président de Badminton Canada m’annonçait que je faisais officiellement partie de l’équipe canadienne qui allait s’envoler pour les Universiades à Taipei. Quelques minutes plus tard, Mathieu Tanguay (le grand manitou des communications) me demandait de décrire ce que cette qualification voulait dire pour moi. J’avais alors répondu : les Universiades, tout comme les Jeux du Québec, les Jeux du Canada ou les Jeux PanAm, représentent bien plus qu’un simple tournoi de badminton. Les lignes et le terrain sont les mêmes, mais il y a ces alentours, ce contexte, qui rendent ces grands rassemblements si spéciaux. J’ai vraiment hâte! Le 18 août, j’atterrissais à l’aéroport de Taipei prêt à confirmer ce que j’avais dit cinq mois plus tôt.

Dès mon arrivée à l’aéroport, une charmante attachée, Rina, s’empresse de m’accueillir et de me guider. Le sentiment de VIP se fait déjà sentir alors qu’à peine dix minutes plus tard, j’embarque dans un véhicule officiel en direction du village des athlètes situé à environ trente minutes de l’aéroport, le temps nécessaire pour apprendre les rudiments du cantonais avec Rina. Une demi-heure plus tard, j’arrive à ce qui allait être ma maison pour les deux prochaines semaines et la source de plusieurs souvenirs.

Ma première impression du village : des bénévoles souriants partout, des installations impressionnantes et de la chaleur, beaucoup de chaleur. En effet, le village et les différents sites de compétitions fourmillent de bénévoles facilement reconnaissables par leur bonne humeur et leur chandail turquoise. Peu importe l’heure de la journée, le sourire est collé au visage de chacun et chacune. Évidemment, la plupart d’entre eux sourient de gêne face à ces milliers d’inconnus provenant des quatre coins du globe. Malgré tout, leur bonne humeur et leur générosité ont animé les Universiades du début à la fin.

Mais revenons au village. Un mot… impressionnant. Tout est neuf, tout est propre. Spécialement construits pour les Universiades, tous les bâtiments (une trentaine) sont ornés des drapeaux à l’effigie du pays des athlètes qui y habitent. Après avoir constaté que nous étions en  sécurité au village et avoir rencontré le chef de mission du Canada, Austin (autre membre de l’équipe) et moi nous dirigeons à notre chambre qui se situe dans une des deux maisons que le Canada partage avec les athlètes de l’Australie. Je partage mon appartement avec les quatre autres joueurs de badminton et deux athlètes de track & field/Olympiens. L‘appartement est assez simple avec trois chambres, deux salles de bain, une cuisine et une salle à manger. Et, j’oubliais, de l’air climatisé! Fait intéressant, ma chambre est située au sixième étage. Le sixième étage fait partie des derniers étages où il est encore raisonnablement possible de prendre les marches, car oubliez l’ascenseur, il est toujours plein. Notre bâtiment, au centre du village, offre aussi le service de lavage et la clinique médicale de l’équipe canadienne (avec son équipe incroyable).

Une fois installés dans notre chambre, nous partons vers la cafétéria, une cafétéria qui nous avait déjà été vantée par toutes les personnes que nous avions rencontrées jusqu’à présent. Ils avaient raison. Grosse comme un terrain de baseball, la cafétéria est l’attrait principal du village. L’ambiance y est toujours spéciale. Les bénévoles, fidèles à leur habitude, sont souriants et chaque athlète est fébrile à la pensée de la journée qui vient. Et, que voulez-vous de plus que de la nourriture à volonté de 5 h du matin à 11 h du soir? Bar à fruits, bar à viandes froides, bar à dessert, section asiatique, section world flavours, section italienne, section taïwanaise; il y en avait pour à peu près tous les goûts. Par contre, je ne vous cacherai pas qu’après 13 jours, j’ai pas mal fait le tour de tout ce qu’il y avait sur le menu. Néanmoins, personne n’ira se plaindre de la qualité et, surtout, de l’abondance de nourriture à laquelle on a eu droit.

La deuxième journée commence au village et de plus en plus d’athlètes s’installent. Le village devient peu à peu rempli de couleurs : orange pour les Pays-Bas, jaune et vert pour l’Australie, rouge pour le Canada, etc. Tout le monde se tient en petits groupes distincts, tout le monde parle une langue différente, mais tout le monde semble avoir la même excitation par rapport aux deux prochaines semaines et, surtout, par rapport à la cérémonie d’ouverture qui arrive à grands pas. Il est plaisant d’essayer de deviner quel sport pratique chaque athlète. Tu sais que les colosses russes de sept pieds sont en basket, que les filles aux épaules carrées sont en natation ou que les filles aux mollets de feu (clin d’œil à Joanie L’abbé) sont en soccer. C’est l’heure d’embarquer dans les autobus en direction de la cérémonie tant attendue. Attente. Impatience. Sourire. Marcher au milieu du stade et entendre tous les gens crier et applaudir, c’est un rêve devenu réalité. C’est le moment qui donne un sens à toutes ces années d’effort passées au PEPS dans le gymnase 1305-B.

Le reste des Universiades est tout aussi magique que les premiers jours. S’entraîner avec les meilleurs joueurs et joueuses au monde, voir les plus grands athlètes universitaires à l’action dans différents sports… tu ne peux pas vraiment demander mieux. Bouffe à volonté, ce n’est pas mal non plus!

J’aimerais finir avec une petite anecdote qui démontre bien l’atmosphère dans lequel on vivait durant ces deux semaines inoubliables : il est 15 h 50, je viens tout juste de perdre mon match contre Kai Schaefer, le joueur #1 de l’Allemagne. Pour me changer les idées, je décide d’aller voir la fin du match de basketball qui opposait le Canada à l’Allemagne au stade juste à côté. Une fois la partie de basket terminée et les idées changées, je me redirige vers l’amphithéâtre où se tenait la compétition de badminton. À peine sorti, du stade, je me fais accoster par 2-3 jeunes locaux les yeux brillants qui me demandent de prendre un selfie avec eux. Puis 10. Puis 20… J’ai finalement dû, après une quinzaine de minutes, dire que je devais y aller, car ce n’était pas près de se terminer. Ces quinze minutes m’ont ouvert les yeux. Les jeunes se foutaient de savoir si j’avais gagné ou non. L’important, c’était que j’étais là, à Taipei, à représenter mon université, mon pays. Ils étaient fiers pour moi. Ils étaient heureux pour moi. Ce petit moment ne veut peut-être rien dire, mais il m’a marqué à tout jamais.

Xiexie Taipei!


Ils sont étudiants-athlètes, entraîneurs, préparateurs physiques, physiothérapeutes, membres des conseils administratifs, dirigeants. Qu’ont-ils en commun? Ils ont tous le Rouge et Or tatoué sur le cœur!

Sur le blogue MA VIE EN ROUGE ET OR, ils partageront leur vision, leurs états d’âme et leurs défis personnels sur différents sujets de leur vie au sein du meilleur programme sportif universitaire au pays. Et ce, dans leurs propres mots. Bonne lecture!